{"id":698,"date":"2023-12-27T09:56:46","date_gmt":"2023-12-27T09:56:46","guid":{"rendered":"http:\/\/valo.troispetitspoints.org\/?p=698"},"modified":"2023-12-27T09:56:46","modified_gmt":"2023-12-27T09:56:46","slug":"cancer-et-genre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/cancer-et-genre\/","title":{"rendered":"Cancer et genre"},"content":{"rendered":"<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"724\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE-724x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-699\" srcset=\"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE-724x1024.png 724w, https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE-212x300.png 212w, https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE-768x1086.png 768w, https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE-1086x1536.png 1086w, https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE-1448x2048.png 1448w, https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CANCER_4_GENRE.png 1810w\" sizes=\"(max-width: 724px) 100vw, 724px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa10\">Directement inspir\u00e9es de la pens\u00e9e foucaldienne autour des \u00ab\u00a0technologies du corps\u00a0\u00bb, les technologies du genre indiquent un ensemble de pratiques sociales et discursives qui produisent le sujet comme \u00ab\u00a0genr\u00e9\u00a0\u00bb. Toutes ces voies que le genre emprunte pour s\u2019exprimer \u2013\u00a0\u00e0 savoir le langage, les v\u00eatements, la sexualit\u00e9, etc.\u00a0\u2013, r\u00e9gulent tant les repr\u00e9sentations collectives que les techniques de production de soi. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa10\">D\u00e8s lors, elles constituent \u00e0 la fois un v\u00e9ritable instrument biopolitique qui produit la \u00ab\u00a0diff\u00e9rence des sexes\u00a0\u00bb comme le socle des hi\u00e9rarchies \u00ab\u00a0naturelles\u00a0\u00bb, et un levier d\u2019opposition qui appelle \u00e0 la mise en place de strat\u00e9gies. Dans la mesure o\u00f9 ces strat\u00e9gies permettent de saisir des processus plut\u00f4t que des masculinit\u00e9s ou f\u00e9minit\u00e9s statiques, elles favorisent l\u2019analyse des territoires de formation des subjectivit\u00e9s de genre, tout en cartographiant un espace de r\u00e9sistance face aux st\u00e9r\u00e9otypes sexu\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa10\">Cette appr\u00e9hension du genre par ce qui le construit et, de mani\u00e8re concomitante, par ce qui le d\u00e9s\u00e9quilibre en permanence inaugure une lecture des trajectoires de la maladie plus dynamique, \u00e0 l\u2019\u00e9gard des masculinit\u00e9s et des f\u00e9minit\u00e9s n\u00e9goci\u00e9es, mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par l\u2019exp\u00e9rience canc\u00e9reuse (Meidani et Alessandrin, 2017, 2018). Tel que nous l\u2019envisageons dans cet article, le genre ne se r\u00e9sume donc pas \u00e0 des rapports de pouvoir, mais renvoie \u00e0 des \u00e9quilibres singuliers, \u00e0 des \u00ab\u00a0bricolages\u00a0\u00bb identitaires que des maladies sp\u00e9cifiques mettent en jeu. Si ceci n\u2019\u00e9vince pas les in\u00e9galit\u00e9s qui traversent les rapports sociaux entre hommes et femmes, cette appr\u00e9hension du genre aborde un aspect plus relationnel du concept (Th\u00e9ry, 2016).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa11\">Toutefois, l\u2019analyse de l\u2019exp\u00e9rience canc\u00e9reuse \u00e0 travers ces deux concepts \u2013\u00a0identit\u00e9 et technologies du genre\u00a0\u2013, ne va pas de soi et pose la question de leur op\u00e9rationnalisation. L\u2019identit\u00e9 de genre permet d\u2019appr\u00e9hender la capacit\u00e9 du malade de se r\u00e9aliser \u00e0 travers telle ou telle activit\u00e9 \u2013\u00a0domestique, sexuelle, professionnelle, de loisirs, etc.\u00a0\u2013, sans rompre totalement avec cet homme ou cette femme d\u2019autrefois. Con\u00e7ues comme support identitaire, ces activit\u00e9s sont norm\u00e9es et \u00e9minemment sexu\u00e9es, mais aussi soumises au changement. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa11\">Dans un rapport circulaire entre maintien de soi et mutation, les technologies du genre viennent simultan\u00e9ment parfaire et\/ou d\u00e9faire les habitudes sexu\u00e9es, permettant d\u2019\u00e9clairer ces dimensions de soi que les malades souhaitent pr\u00e9server et celles qu\u2019ils consentent \u00e0 changer. En effet, la plupart du temps, les traitements engendrent une restriction des capacit\u00e9s physiques, des douleurs it\u00e9ratives et\/ou de la fatigue chronique (Eaker\u00a0<em>et al.<\/em>, 2011), obligeant le malade \u00e0 repenser ses activit\u00e9s, son rapport au corps, \u00e0 soi et \u00e0 l\u2019autre, selon la red\u00e9finition de l\u2019horizon du possible qui se dit dans ce que le malade est encore en mesure d\u2019entreprendre ou est amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9ajuster, parfois m\u00eame \u00e0 abandonner. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa11\">Quand ces ajustements incarnent encore une possibilit\u00e9 de prise sur la maladie, le genre intervient comme une ressource. La logique profane c\u00f4toie ici la crainte de la rechute (Bell, 2010), modifiant le rapport au temps pour ces survivants (Muzzin\u00a0<em>et al.<\/em>, 1994). Il n\u2019est pas \u00e9tonnant donc que le genre param\u00e8tre cette entreprise du \u00ab\u00a0gu\u00e9rir\u00a0\u00bb, toutes relations et activit\u00e9s sociales \u00e9tant conditionn\u00e9es par ces corps sexu\u00e9s (Mock, 1998).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"pa12\">Pour appr\u00e9hender l\u2019articulation entre exp\u00e9rience canc\u00e9reuse et genre, il parait donc essentiel d\u2019introduire la question des in\u00e9galit\u00e9s sociales.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa13\">Au terme de l\u2019analyse, l\u2019\u00e9tude de cette articulation cancer\/genre permet de d\u00e9gager deux pistes interpr\u00e9tatives distinctes. Elles se d\u00e9clinent diff\u00e9remment selon, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le travail du malade \u2013\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire ses activit\u00e9s quotidiennes et les logiques sous-jacentes qui supportent son identit\u00e9 et ce qu\u2019elles impliquent en termes de changement\u00a0; et, de l\u2019autre, les interactions soignant\u00b7e\u00b7s\/soign\u00e9\u00b7e\u00b7s. Chacune de ces deux pistes est conditionn\u00e9e par l\u2019ordre du genre simultan\u00e9ment con\u00e7u comme injonctif, c\u2019est-\u00e0-dire soumis \u00e0 des principes de reproduction, mais \u00e9galement comme dynamique, autrement dit toujours susceptible d\u2019\u00e9tonner (Alessandrin et Esteve-Bellebeau, 2014). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" id=\"pa13\">Si l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 des mod\u00e8les de genre peu ou prou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s peut \u00eatre tenue pour pathog\u00e8ne, elle peut aussi apparaitre comme un levier pr\u00e9cieux d\u2019adaptation face aux modifications induites par l\u2019exp\u00e9rience canc\u00e9reuse. Quant aux relations de soins \u2013\u00a0qui d\u00e9coulent en partie des protocoles de prise en charge, des caract\u00e9ristiques cliniques, de diff\u00e9rentes phases de la trajectoire de la maladie\u00a0: pr\u00e9diagnostic, prise en charge, r\u00e9mission et temporalit\u00e9s induites par les traitements\u00a0\u2013, elles sont dict\u00e9es par des configurations de genre sp\u00e9cifiques qui se retranscrivent dans les consultations observ\u00e9es. Ces derni\u00e8res oscillent entre reproduction normative et ajustements de genre situ\u00e9s.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019identit\u00e9 de genre permet d\u2019appr\u00e9hender la capacit\u00e9 du malade de se r\u00e9aliser \u00e0 travers telle ou telle activit\u00e9 \u2013\u00a0domestique, sexuelle, professionnelle, de loisirs, etc&#8230; sans rompre totalement avec cet homme ou cette femme d\u2019autrefois. <\/p>","protected":false},"author":1,"featured_media":700,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[284,276,278],"tags":[60,318,316,312,317,309],"class_list":["post-698","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-bande-dessinee-scientifique","category-sante-physique","category-sante-sociale","tag-cancer","tag-feminites","tag-genre","tag-maladie","tag-masculinites","tag-sexualite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/698","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=698"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/698\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/700"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=698"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=698"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/valo.troispetitspoints.org\/en\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=698"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}