Enquête à l’opéra : la résistance aux traitements dans la leucémie

Une conférence animée au cancéropole de Marseille

Comment raconter la recherche scientifique autrement qu’avec des diapositives et des graphiques ? C’est le défi relevé par Alix Liénard, doctorante au Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille, lors du séminaire annuel du Cancéropôle Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Pendant trois minutes, la chercheuse est montée sur scène pour raconter ses travaux sous une forme originale : une conférence animée, dans laquelle la parole de la scientifique dialogue avec un univers visuel projeté derrière elle.

Dans « Enquête à l’opéra », la cellule devient une salle de concert et l’ADN, une immense partition musicale.

Lorsque cette partition est correctement interprétée, chaque musicien joue au bon moment et les silences sont respectés. La musique est harmonieuse.

Parmi les chefs d’orchestre de cette organisation moléculaire se trouve EZH2, une enzyme capable de réguler l’activité de certains gènes. Mais, dans certaines situations, l’harmonie disparaît.

Les instruments se mettent à jouer tous en même temps. La cellule entre alors dans une forme de cacophonie.

Cette dérégulation peut notamment participer au développement de cancers. Alix Liénard étudie plus particulièrement la leucémie aiguë myéloïde, un cancer du sang dans lequel certaines cellules se multiplient et se développent de manière anormale.

Une enquête sur la résistance aux traitements

Le travail de recherche d’Alix Liénard porte sur une question majeure dans la lutte contre les leucémies : pourquoi certaines cellules cancéreuses parviennent-elles à résister aux traitements ?

La résistance thérapeutique constitue en effet un obstacle important dans la prise en charge des cancers et peut contribuer aux rechutes.

Au Centre de Recherche en Cancérologie de Marseille, l’équipe dans laquelle travaille la doctorante s’intéresse depuis plusieurs années aux mécanismes moléculaires impliqués dans le développement des leucémies et dans leur résistance aux traitements.

Les recherches autour d’EZH2 ont notamment mis en évidence que cette enzyme ne se comporte pas toujours comme le « chef d’orchestre » qu’elle est traditionnellement censée être.

C’est précisément là que commence l’enquête.

Alix Liénard cherche à comprendre les activités non canoniques d’EZH2, c’est-à-dire les fonctions que cette protéine peut exercer en dehors de son rôle habituel. Son objectif est d’identifier comment ces changements de fonction peuvent contribuer à la résistance de certaines cellules de leucémie aux traitements.

Autrement dit : que se passe-t-il lorsque le chef d’orchestre abandonne sa baguette… et commence soudainement à exercer un tout autre métier ?

EZH2, le chef d’orchestre qui change de profession

Dans la conférence animée, cette question scientifique complexe devient une véritable histoire.

À l’écran, EZH2 est d’abord représenté comme un chef d’orchestre chargé de marquer les silences et de maintenir l’harmonie.

Mais les chercheurs découvrent que retirer symboliquement sa « baguette » ne suffit pas nécessairement à modifier la situation.

Le personnage devient alors beaucoup plus mystérieux.

Et s’il pouvait exercer d’autres fonctions ? S’il pouvait changer de métier au cours de la représentation ?

Cuisinier, nageur, chercheur… Les illustrations permettent de rendre visibles, avec humour et simplicité, ces fonctions encore difficiles à imaginer.

Derrière cette métaphore se trouve une véritable question scientifique : quelles sont les activités d’EZH2 responsables de la persistance de cellules cancéreuses résistantes aux traitements ?

Pour y répondre, les chercheurs développent et étudient différentes formes d’EZH2 afin d’observer leur influence sur les cellules et sur leur réponse aux traitements.

À terme, mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre d’identifier de nouvelles vulnérabilités thérapeutiques dans les leucémies.

La conférence animée : quand le chercheur devient le narrateur de sa propre histoire

« Enquête à l’opéra » repose sur un format de médiation scientifique particulier : la conférence animée.

Ici, le chercheur prend directement la parole devant le public. Mais derrière lui, une vidéo animée accompagne son récit.

Les illustrations ne remplacent pas le scientifique : elles prolongent son discours, matérialisent les concepts abstraits et créent un univers dans lequel le public peut entrer immédiatement.

La parole apporte la rigueur scientifique, les nuances et l’incarnation. L’animation, elle, transforme les mécanismes invisibles en personnages, en situations et en histoires.

Ce dispositif permet notamment de représenter des objets impossibles à filmer : une protéine qui change de fonction, une cellule qui devient un opéra ou encore une résistance aux traitements transformée en enquête policière.

Le chercheur devient ainsi le narrateur de sa propre recherche, tandis que l’animation devient son décor, son illustration et parfois même un personnage à part entière.

Un format court, vivant et immersif, particulièrement adapté aux conférences, aux événements scientifiques et aux rencontres entre chercheurs et grand public.

Une scène pour les jeunes chercheurs

Cette conférence a été présentée dans le cadre de la session « The Talented Researchers Step on Stage », organisée lors du séminaire annuel du Cancéropôle Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Le Cancéropôle PACA rassemble et soutient les acteurs de la recherche en cancérologie de la région. Son séminaire annuel constitue un moment de rencontre entre chercheurs et chercheuses travaillant sur des thématiques variées liées au cancer.

Au-delà des communications scientifiques traditionnelles, cette session proposait à plusieurs scientifiques de relever un autre défi : monter sur scène pour raconter leur recherche autrement.

Alix Liénard y a présenté « Enquête à l’opéra », un pitch de vulgarisation scientifique inspiré directement de ses travaux sur EZH2 et la résistance aux traitements dans la leucémie aiguë myéloïde.

Une manière de montrer que la recherche scientifique peut être exigeante sans être inaccessible. Et que, parfois, pour comprendre ce qui se joue au cœur d’une cellule, il suffit peut-être d’ouvrir les portes d’un opéra.

Quand la partition se dérègle, l’enquête commence. Et lorsque la recherche prend la parole, la science devient une histoire que chacun peut écouter.

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