Des culottes pour la biodiversité

Plantez une culotte, découvrez la vie de votre sol !

Et si un simple morceau de coton pouvait vous aider à savoir si votre sol est vivant ? C’est le pari, un peu surprenant, du projet Breakslip : enterrer une culotte en coton dans son jardin, puis attendre quelques semaines pour voir ce qu’il en reste.

Derrière l’expérience qui prête à sourire se cache une véritable approche scientifique de la biodiversité et de l’activité biologique des sols.

Une culotte comme outil scientifique ?

Pas exactement. La culotte sert plutôt de « témoin » de l’activité biologique du sol.

Le principe est simple : on enterre une culotte en coton, idéalement sans matière synthétique, à quelques centimètres de profondeur. On la laisse dans le sol pendant environ deux mois, puis on la déterre.

Si elle ressort presque intacte, c’est plutôt mauvais signe : l’activité des organismes capables de dégrader la matière organique semble faible. Si, au contraire, le tissu est fortement dégradé, cela témoigne d’une activité biologique importante.

Pourquoi ? Parce que le coton est essentiellement constitué de cellulose, une matière organique que de nombreux organismes du sol sont capables de décomposer. Bactéries, champignons et autres organismes participent ainsi à la transformation de cette matière en éléments qui pourront ensuite être réutilisés dans l’écosystème.

Autrement dit : plus votre culotte est grignotée, plus votre sol travaille !

Mais attention : ce n’est pas un test de biodiversité à lui tout seul

La culotte ne permet évidemment pas de compter le nombre d’espèces présentes dans le sol. Elle donne plutôt une indication simple et visuelle de son activité biologique, notamment de sa capacité à dégrader de la matière organique.

Et cette activité dépend de nombreux paramètres : température, humidité, teneur en matière organique, structure du sol, disponibilité des nutriments ou encore pratiques agricoles.

C’est pourquoi cette expérience doit être considérée comme un outil pédagogique et un indicateur parmi d’autres, et non comme une analyse scientifique complète de la biodiversité du sol.

Pour connaître précisément la composition et la diversité des organismes présents, il faudrait recourir à des méthodes beaucoup plus sophistiquées, comme l’observation microscopique, les analyses biologiques ou encore, aujourd’hui, les techniques de métabarcoding ADN.

Pourquoi s’intéresser à la vie du sol ?

Parce que sous nos pieds se cache un écosystème particulièrement riche.

Un sol vivant abrite une multitude d’organismes : bactéries, champignons, nématodes, collemboles, acariens, vers de terre, insectes et leurs larves… Ils participent à la décomposition de la matière organique, au recyclage des nutriments, à la formation de la structure du sol et à la disponibilité des éléments nécessaires aux plantes.

Les vers de terre, par exemple, contribuent à la création de galeries et au mélange des matières organiques et minérales. Les champignons et les bactéries jouent quant à eux un rôle majeur dans la décomposition et les cycles du carbone et de l’azote.

Le sol n’est donc pas simplement un support dans lequel les plantes plongent leurs racines. C’est un véritable écosystème.

Une expérience scientifique… et une bonne excuse pour planter une culotte

C’est justement ce qui rend l’expérience Breakslip intéressante : elle transforme un phénomène complexe en une expérience simple, concrète et mémorable.

Pas besoin de microscope ou de laboratoire : une culotte en coton, une pelle, un morceau de terrain et un peu de patience suffisent pour commencer à observer ce qui se passe sous nos pieds.

Et puis, soyons honnêtes : quelle meilleure façon de parler de biodiversité des sols que de demander à quelqu’un d’enterrer sa culotte ?

Le projet Breakslip permet ainsi de sensibiliser petits et grands à un enjeu scientifique majeur : mieux comprendre et préserver la vie des sols.

Pour accompagner cette démarche, Trois Petits Points a réalisé une vidéo avec la Chambre d’agriculture de Dordogne, afin d’expliquer de manière accessible et décalée le fonctionnement de cette expérience et les enjeux scientifiques qui se cachent derrière.

Pour aller plus loin

  • Bardgett, R. D. & van der Putten, W. H. (2014). Belowground biodiversity and ecosystem functioning. Nature, 515, 505–511. — Une synthèse sur le rôle de la biodiversité souterraine dans le fonctionnement des écosystèmes.
  • FAO (2015). Status of the World’s Soil Resources. — Rapport de référence sur l’état des sols dans le monde et leur rôle écologique.
  • Orgiazzi, A. et al. (2016). Global Soil Biodiversity Atlas. European Commission. — Un atlas consacré à la diversité biologique des sols.
  • Blouin, M. et al. (2013). A review of earthworm impact on soil function and ecosystem services. European Journal of Soil Science, 64, 161–182. — Une synthèse sur le rôle des vers de terre dans les fonctions du sol.

Alors, votre sol est-il suffisamment vivant pour dévorer votre culotte ? 👖🪱

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